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  • Marjorie Béchard

Voyager par... la littérature

Malgré que je voyage de plus en plus "léger", une place est toujours réservée dans mon sac non pas à des guides de voyage, mais à des romans. Ainsi, même en me retrouvant seule sur la plage, attablée à un café ou sur une terrasse à l'autre bout du monde, je ne le suis jamais vraiment. Cela laisse également le loisir d'observer en douce autour de soi sans que cela ne soit trop évident! Et étrangement, cela permet de tisser des liens, bien plus qu'avoir le nez collé sur son téléphone intelligent.


Ainsi, attablée à un café de Takayama au Japon avec un latte au matcha (joliment présenté d'ailleurs), le livre Neige de printemps de Yukio Mishima à mes côtés, la propriétaire a amorcé la conversation. Elle était ravie que je m'intéresse à la littérature japonaise. L'endroit était tout récemment rénové, tranquille car venant tout juste d'ouvrir ses portes. Nous avons discuté de design et d'architecture (l'endroit était magnifique, moderne et très classique à la fois) et son mari s'est joint à elle pour me faire visiter toute la maison en me montrant le résultat de leurs rénovations dans le menu détail. Aurions-nous amorcé la conversation sans ce petit lien? Peut-être pas.


Pour aider à la compréhension d'un pays, d'une culture et d'un peuple, je recommande fortement de lire des auteurs du pays qui nous intéresse. Ce peut être bien sûr pour préparer un voyage, mais aussi après, pour poursuivre la découverte (et avoir envie de retourner sur place)... Personnellement, depuis mon voyage au Japon, j'accumule les lectures d'auteurs japonais et il en est de même pour les auteurs du Sud-Est asiatique. J'aime bien faire quelques recommandations à mes clients voyageurs avant leur départ et j'en partage quelques unes avec vous.


Japon


La papeterie Tsubaki par Ogawa Ito (Éditions Philippe Picquier)

On se transporte à Kamakura, au Japon, pour y découvrir l’histoire d’Hatoko, écrivain public, jeune femme exerçant son métier dans la papeterie héritée de sa grand-maman.

Personnellement, j’ai découvert le Japon notamment en visitant ses diverses… papeteries, allant de très modernes à plutôt traditionnelles et sans dessus dessous! Je raffolais de ces découvertes et ce roman a réussi à m’y ramener complètement. De plus, à travers les pages, on hume les parfums du Japon par les descriptions de ses différents plats. En effet, l’autrice est reconnue pour explorer le thème de la gastronomie, directement ou non, à travers ses livres.


J'ai aimé ce livre à un point tel qu'il a même inspiré l'un des services de mon entreprise créée quelques mois après ma lecture. De la même autrice, j'ai également lu Le jardin arc-en-ciel et Le restaurant de l'amour retrouvé. Des livres où se côtoient traditions et modernisme en explorant notamment les thèmes de l'homosexualité, de l'entrepreneuriat et de la gastronomie (toujours). Je les ai aimé aussi et les recommande, mais mon préféré demeure La Papeterie Tsubaki.


Les Délices de Tokyo par Durian Sukegawa (Le Livre de Poche)


À nouveau le thème de la gastronomie... mais aussi de la vieillesse, du secret et des préjugés. Ce livre a également fait l'objet d'un film. On suit ici le quotidien d'un homme en charge d'une échoppe de pâtisseries et de ses difficultés quotidiennes. Une vieille (et une jeune) femme croiseront son chemin et changeront sa façon de voir son échoppe et la vie. Les saisons sont omniprésentes dans la littérature japonaise et on n'y fait pas exception ici. Un cerisier, notamment, est un marqueur de temps du livre. On traite de thématiques difficiles de façon poétique. C'est doux et fort intéressant.



Les dames de Kimoto par Sawako Ariyoshi (Folio)

D'une trame très contemporaine, un ton maintenant plus traditionnel, à travers plusieurs décennies à compter de la fin du 19e siècle. Les dames de Kimoto nous trace le portrait quotidien de femmes d'une même famille, de différentes générations. On y découvre la condition féminine, le mariage, les enfants, la belle-famille, la beauté, ainsi que les distinctions entres les classes sociales, les sexes et les générations.

On ressent à nouveau à quel point la nature et les saisons revêtent une grande importance pour les japonais. À lire pour se faire plaisir et mieux comprendre la culture nippone, tout simplement. J’ai apprécié le côté féministe de l’auteure qu’on devine bien entre les lignes.


Chine


Un parfum de corruption par Liu Zhenyun (Gallimard)


Malgré que je ne n'y ai pas encore mis les pieds, j'ai envie de vous faire découvrir la Chine par un roman très actuel.

On suit Niu Xiaoli, à la recherche de sa belle-soeur disparue, en cavale dans l’arrière-pays. Le thème de la corruption est omniprésent. Mais aussi ceux de la fidélité, de la famille, de l’entrepreneuriat, de la trahison…

C’est franchement déroutant et l’auteur réussi par moments à nous faire sourire. Un minimum de concentration est nécessaire - j’ai mis quelques dizaines de pages à m’habituer aux noms des différents personnages de l’intrigue. Une fois cette étape franchie, vous serez conquis.

Viet Nam, Cambodge et Laos


Au-delà des illusions par Duong Thu Huong (Éditions Picquier poche)

Déniché chez un marchand de livres usagés par hasard, ce roman m’a agréablement surprise. Un roman vietnamien racontant le quotidien de Phuong Linh, une femme bien de son temps. Sa vie est bercée d’amour, mais aussi de désillusions. Les thèmes de l’adultère et de la famille sont omniprésents.

On suit les difficultés pour une femme d’avoir une vie un peu hors norme. Les difficultés aussi de jongler entre sa famille, ses émotions, ses besoins et ce que à quoi la société s'attend de nous.


Pour avoir visité ce pays à deux reprises (et ayant la ferme intention d’y retourner après la pandémie), le Viet Nam est l’un de mes pays favoris. Je suis fascinée par la culture, l’histoire et la gastronomie vietnamiennes, mais aussi par ses femmes. Belles, fortes, souriantes, lumineuses, impressionnantes. Il faut passer du temps à leurs côtés pour mieux comprendre.



River of Time - Mémoires de la guerre du Vietnam et du Cambodge par Jon Swain (Éditions Équateurs)

Une lecture moins facile mais hyper enrichissante. Grand journaliste britannique, Jon Swain a couvert notamment la guerre du Vietnam, ainsi que le régime des Khmers rouges au Cambodge.

Ce récit journalistique très bien écrit aide à mieux comprendre ces portions de l’histoire de l’Indochine. M. Swain ne fait pas que raconter des faits, il nous partage aussi son amour profond pour l’Asie du Sud-Est et de nombreux pans de sa vie personnelle (loin d’être ennuyante tenez-vous le pour dit!). C'est un récit, mais c'est captivant et cela se lit comme un roman (ce pourquoi je me permets de l'inscrire dans cette liste).

J’ai dévoré ce livre et j’ai grandement apprécié le fait d’avoir un point de vue autre que celui des Américains sur la guerre du Vietnam. J’ai presque pu sentir à nouveau l’odeur du Mékong en tournant les pages.


em - Kim Thúy - Libre Expression

Kim Thúy est une auteure québécoise d'origine vietnamienne dont j’ai lu (et relu) tous les romans. En relisant Ru et Man après mes voyages au Vietnam, ils ont revêtu un aspect tout nouveau pour moi. J’ai alors encore mieux saisi l’essence des personnages.

em est le plus poétique des romans traitant du Viet Nam que j'ai pu lire. Oui, il y a un côté difficile car on y parle de la guerre. Mais comme toujours, le côté lumineux de la plume de Kim Thúy l’emporte. On pourrait certainement lire à haute voix pour capter encore mieux toutes les nuances de l’écriture. En plus, c'est un bel objet (ma copie est signée et estampée par l’écrivaine, mais je sais qu’elle a aussi cousu d’un fil rouge, de ses mains, plusieurs exemplaires et a inséré de jolis signets dans d'autres - à dénicher chez son libraire). Mon autre roman favori parmi ceux de Kim Thúy est Vi, à lire également.


Ta mort à moi par David Goudreault (Stanké)


Je triche un peu ici (encore), en faisant un détour dans la littérature québécoise. David Goudreault est certainement l’un de nos meilleurs auteurs. Sa maîtrise des mots est impressionnante et sa culture générale l’est encore plus (je vous mets au défi de comprendre toutes les références contenues dans ses romans!). Ses personnages sont un peu (un euphémisme) marginaux et leurs histoires sont très dures, mais on finit tout de même par s’y attacher et à les aimer.


Ta mort à moi n’est pas un livre qui fasse voyager directement… quoi que. Les origines métissées de l’héroïne, Marie-Maude Pranesh-Lopez, peuvent en soi faire voyager. Et une partie de l’intrigue se déroule ailleurs qu’au Québec: au Laos!

À lire absolument, si ce n’est déjà fait. L’auteur a également écrit la trilogie « La Bête ». Tout ce que David écrit est du bonbon, mais mon coup de coeur va à Ta mort à moi.

Dans ma mire sur l'Asie du Sud-Est


Ou plutôt devrais-je dire sur ma table de chevet. J'ai vraiment très hâte de lire Un bref instant de splendeur d'Ocean Vuong (Gallimard) ainsi que Le chagrin de la guerre de Bao Ninh (Picquier poche), tous deux sur le Viet Nam. Aussi, pendant mon séjour au Cambodge, j'ai été bouleversée par le visionnement du film First they killed my father, inspiré du livre de Loung Ung et je veux absolument prendre le temps de lire tout le récit. Je souhaite également me plonger à nouveau dans l'oeuvre de Marguerite Duras, notamment dans L'amant.


Italie


L’Art de la joie par Goliarda Sapienza (Éditions Le Tripode)


J’ai lu ce livre lors du premier confinement au printemps 2020. Une grande saga familiale se déroulant en Sicile sur plusieurs décennies. L’héroïne : Modesta. Si vous cherchez quelque chose à lire pendant vos prochaines vacances, sautez là-dessus (un beau projet lecture de plus de 600 pages - peut-être pas le meilleur choix pour voyager léger, mais idéal pour lire sur son balcon ou dans un chalet).


On passe à travers les Première et Deuxième guerres mondiales, la Grippe espagnole, le clergé, la pauvreté, des intrigues amoureuses… L’originalité de l’histoire est indéniable. La force et la modernité du personnage principal sont déroutants pour son époque. Ce roman est captivant.

L’auteure est décédée en 1996… sans qu’elle ne réussisse à faire publier son livre. Les thèmes abordés étaient peut-être trop avant-gardistes pour son époque? C’est grâce à l’acharnement de son compagnon de vie suite à son décès qu’on peut aujourd’hui lire l’oeuvre de Goliarda Sapienza. On le remercie d’ailleurs.

Je n’ai pas encore visité la Sicile, mais ce livre a fait redoubler mon envie d'y aller!


Celle qui fuit et celle qui reste par Elena Ferrante (Gallimard)

Restons en Italie avec la tétralogie L’Amie Prodigieuse écrite par Elena Ferrante. Personnellement, le tome 3 est celui que j’ai le plus aimé, mais l’ensemble de l’oeuvre est, pour moi, incontournable.

Une grande saga où l’on traverse 5 décennies. L’histoire de de deux grandes amies qui se perdront de vue, mais dont les destins se retrouveront tout de même enchevêtrés.

On n’est pas dans l’Italie idyllique que l’on connaît bien, avec la dolce vita, le bon vin, les citronniers, les vignes et l’architecture grandiose.

On est plutôt dans l’Italie de Naples, sale, malodorante, pauvre, aux personnages au langage grossier. N’empêche, ça donne le goût de visiter Naples. Et de lire tous les autres livres d’Elena Ferrante.


Espagne


Barcelona - Daniel Sanchez Pardos (Éditions Presses de la Cité)

Du pur divertissement, avec un polar historique. L’action se déroule dans le dédale des rues étroites de Barcelone, l’une de mes villes favorites, à la fin du 19e siècle. L’un des personnages vedette? Nul autre que le grand architecte Gaudi.

On se promène dans les quartiers de la Barceloneta, du Barri Gotic… si vous connaissez Barcelone, vous reconnaîtrez facilement les lieux où vous avez mis les pieds.


Un roman « page turner », parfait pour se changer les idées un peu par les temps qui courent.


La force de l’âge par Simone de Beauvoir (Folio)

Ce n'est pas un livre d'un auteur espagnol et l'action se passe à divers endroits en Europe, mais je tenais à le souligner. J’aime lire les grandes autrices féministes qui ont fait une différence dans la quête de l’égalité des femmes.

Bien sûr, Simone de Beauvoir en fait partie. Elle raconte ici sa vingtaine, dans les années 30. Elle parle de l’actualité, de ses amitiés, de Jean-Paul Sartre, mais aussi beaucoup de ses longs voyages. Le voyage à pied, parfois en solo (très inhabituel pour son époque) était très présent. À travers la France, l’Espagne aussi… Avec fort peu de moyens, Simone voyageait de façon très simple, sac au dos, mais réussissais à faire de belles découvertes, que sa plume rend bien.


Avec près de 800 pages en format poche, c’est en soi un projet de passer à travers ces pages, mais pour les voyageuses, c’est un incontournable à lire dans sa vie. Les racines de nos pérégrinations s’y trouvent!


États-Unis


Au bonheur des filles par Elizabeth Gilbert (Calmann Lévy)


Oui, oui, par l'autrice du grand classique Mange, prie, aime. Dans un style on ne peut plus différent. La ville de New York est au coeur même de se roman dont l'action débute vers les années 40. Les personnages féminins sont à l'honneur de ce livre et sont d'une redoutable modernité pour l'époque. C'est passionnant et l'action se déroule dans l'ambiance des cabarets de Time Square. Je ne m'attendais à rien et j'ai été agréablement surprise par cette lecture. Seul avertissement: je dois admettre ne pas avoir été emballée par la traduction française, donc si vous êtes à l'aise en anglais, il vaut mieux lire la version originale.


Les villes de papier par Dominique Fortier (alto)


Qualifié tantôt d'essai, tantôt de roman, ce bouquin s'est mérité rien de moins que le Prix Renaudot en relatant l'histoire de la poète américaine Emily Dickinson, à travers les yeux et la démarche de Dominique Fortier. C'est en Nouvelle-Angleterre que celle-ci a vécu. Un grand livre, avec une écriture nuancée et poétique, qui m'a permis de découvrir une poète que je ne connaissais que de nom et de me faire voyager à Boston et dans les petites villes de la Nouvelle-Angleterre le temps de ma lecture.


Beauvoir in love par Irène Frain (J’ai lu)


Retrouvons à nouveau Simone de Beauvoir. Cette fois, deux décennies après La force de l'âge, à l’aube de la quarantaine. Elle est ici personnage principal d’un roman.

À cette époque, Simone a passé beaucoup de temps à voyager aux États-Unis pour écrire et présenter des conférences, notamment à New York et à Chicago. C’est là qu’elle rencontrera un grand amour, écrivain lui aussi… L’autrice Irène Frain étant notamment historienne, on sent la recherche poussée qui a dû être faite pour bien rendre cette histoire, qui pour moi fut étonnante à découvrir.


J’aime les romans historiques bien faits et celui-ci fait partie de cette catégorie. Le tout a beau être romancé, je recommande ce livre pour découvrir un aspect méconnu de la vie de Simone de Beauvoir.


Québec


Faire les sucres par Fanny Britt (Le Cheval d’Août)

Comme récemment nous n’avons voyagé qu’au Québec pour la plupart d’entre nous, j’insère des romans québécois sur ma liste, même s’il ne font pas vraiment voyager ailleurs à proprement dit.


J’avais beaucoup aimé Les Maisons, de la même autrice. J’ai encore plus aimé celui-ci. Fanny Britt a un don pour transmettre les émotions et la complexité de ses personnages. Ici, principalement, celles d’un couple que l’on pourrait qualifier de parfait… en apparence. Jusqu’à ce qu’un événement survienne et fasse ressortir tout ce qui ne va pas chez chacun d’eux, à tous niveaux. Un peu de crise de la quarantaine là-dedans peut-être?


Et oui, le titre est de mise et l’érable est bien présent au fil des pages! Le récit coule comme la sève sucrée, ça se lit tout seul.

Nous étions le sel de la mer par Roxanne Bouchard (vlv éditeur)


La Gaspésie a toujours été une destination prisée des québécois sur la route des vacances et elle l'est encore plus désormais. La mer est presqu'un personnage de ce roman d'enquête dont l'action se déroule (vous l'aurez deviné) en Gaspésie.


L'enquêteur Morales mène l'affaire. Plus récemment paru, vous pouvez aussi lire La mariée de corail, une nouvelle enquête du sergent. Apportez avec vous les 2 volumes lors de votre prochain escapade sur la péninsule gaspésienne pour une lecture divertissante!


Astuce


Oh et je partage un truc pour les voyages de longue durée. Bien sûr, je ne transporte pas une bibliothèque complète dans ma valise de cabine ou mon sac à dos! J'amène un ou deux livres (en format poche, dans un monde idéal) et je les laisse en cours de route dans un café ou un hébergement qui me plaît particulièrement. Je profite de passages dans des grandes villes ou des aéroports pour m'approvisionner en nouveautés (je lis en anglais sans problème, donc cela aide un peu). Et si pour vous l'anglais est une barrière, n'hésitez pas à fouiner dans les librairies usagées (à Chiang Mai en Thaïlande, par exemple, il y en avait plusieurs comportant de petites sections francophones, dont parfois même quelques livres québécois). Sinon, on me dit que la liseuse électronique est la meilleure option, mais personnellement, je trouve que cela enlève un certain charme à l'expérience.

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